Finances

La France et la Belgique se portent au secours de Dexia

par Julien Toyer et Julien Ponthus

La France et la Belgique ont volé mardi au secours de Dexia, assurant que les deux pays prendraient toutes les mesures nécessaires pour garantir son financement alors que son cours de Bourse s’est effondré et que plane le spectre d’un démantèlement.

A l’issue d’un conseil d’administration réuni d’urgence, la banque franco-belge a déclaré dans la nuit étudier des mesures lui permettant de renforcer sa structure financière, sans écarter toutefois catégoriquement le scénario d’une scission, ce qu’elle faisait encore il y a à peine quelques jours.

L’action Dexia a perdu jusqu’à 38% dans la matinée mardi, atteignant ses plus bas niveaux historiques, pour ensuite limiter quelque peu ses pertes en début d’après-midi.

Vers 14h00, Dexia perdait 13,5% à 1,12 euro alors que l’indice européen des banques, bien que touché par les nouvelles craintes sur la dette souveraine grecque, limitait ses pertes à 4,6%. Le titre a perdu 54% depuis le début de l’année, ramenant sa capitalisation boursière à 2,2 milliards d’euros.

Le scénario d’un démantèlement de Dexia comme solution structurelle aux difficultés financières de la banque franco-belge n’a pas été formellement démenti par les autorités belges ou françaises.

Une source gouvernementale française a toutefois dit "récuser" ce terme, préférant parler d’un important programme de cessions d’actifs.

Le groupe est principalement composé d’une banque de détail en Belgique, d’une banque privée au Luxembourg, d’un pôle de financement des collectivités locales en France et de la banque Denizbank en Turquie.

Réunis au Luxembourg pour un conseil de l’Union européenne, les ministres des Finances belge et français ont déclaré que les deux pays apportaient leur garantie au financement de Dexia sans préciser les modalités de l’opération.

FINANCEMENT GARANTI

"On garantit le financement. Pour les modalités, il y a des instances, laissons le temps à ces instances délibératives de s’organiser (...) Tout ce que nous disons, c’est que les Etats répondront présents comme en 2008", a déclaré François Baroin à la presse.

La question d’une recapitalisation par les Etats, qui constituerait de facto une quasi-nationalisation, n’a pas été formellement exclue.

"Tout dépendra du schéma présenté par le management de Dexia", a expliqué de son côté le ministre belge des Finances.

Les spéculations quant au futur de Dexia portent aussi sur la création d’une "bad bank", une structure de défaisance distincte où seraient cantonnés les portefeuilles obligataires à risque de la banque.

La création d’un nouvel établissement bancaire français - qui permettrait d’adosser une partie du portefeuille des prêts aux collectivités locales de Dexia à ceux de la Caisse des dépôts et de la Banque postale - semble également probable.

L’hypothèse d’une vente de Dexia à un autre groupe bancaire européen, sur le modèle de Fortis cédée à BNP Paribas, n’a pas les faveurs des analystes, les investisseurs soulignant que Dexia n’est pas vendable en l’état.

L’annonce dimanche par la Grèce qu’elle ne tiendrait pas ses objectifs de redressement budgétaire a réveillé la méfiance des investisseurs et des marchés, accélérant la pression sur les groupes les plus fragiles comme Dexia.

Edité par Jean-Michel Bélot